Nous voici donc au XIXème siècle alors que l'esclavage bat son plein au beau milieu des États-Unis. En effet, des africains continuent d'arriver chaque jour par bateau pour être vendus aux grands exploiteurs blancs qui ont besoin de main d’œuvre pour cultiver les champs, fréquemment de coton, surtout dans le Sud, aux alentours du delta du Mississippi. Mais il va se passer quelque chose qui va bouleverser la vie des esclaves noirs et aussi de leurs maîtres : la Guerre de Sécession.
La Guerre de
Sécession, appelée Civil War, débute en 1861. Mais qui cette
guerre civile peut-elle opposer ? Elle oppose l' "Union"
(c'est-à-dire les États-Unis) et la "confédération"
(elle rassemble onze états qui avaient fait sécession des
États-Unis appelés les "Etats confédérés d'Amérique").
L'union est alors dirigée par Abraham Lincoln et la Confédération
par Jefferson Davis. Abraham Lincoln est un fervent défenseur des
droits et est totalement contre l'esclavage. Il est élu Président
des États-Unis en 1960 et c'est alors que sept états font
sécession, avant même qu'il ait eu le temps de prendre ses
fonctions. C'est de là que va naître la guerre civile. On peut
aussi schématiser plus simplement en disant que cette guerre oppose
les partisans de l'esclavagisme à ceux qui ne le sont pas.
La guerre est
sanglante et traumatisante pour un grand nombre d'américains,
blancs ou noirs. A partir de 1960 et de l'investiture de Lincoln, les
états confédérés d'Amérique gagnent du terrain, notamment avec
la Floride, l'Alabama et surtout, le Mississippi. Mais là tendance
commence à s'inverser en 1963, fait qui s’accentue jusqu'en 1965
qui signe la fin de la guerre avec la victoire de Lincoln et un
treizième amendement dans la constitution qui décrète l'abolition
de l'esclavage.
Ainsi, les
États-Unis se solidarisent, abolissent l'esclavage et libèrent des
milliers d'hommes déracinés, sans attaches, sans famille, sans
argent ni qualifications. Une grande partie des anciens esclaves va
prendre la première route qui s'ouvre à eux: le nord des États-Unis
à la recherche d’emploi dans les grandes villes. C'est alors que
l'on commence à entendre parler fréquemment d'autoroutes, de chemins de fer, de la Route 66, etc. Il s'agit d'une exode du Sud vers le
nord. Ces anciens esclaves ont pu avoir de la joie et de l'espoir
mais cela ne dura qu'un temps. En effet, livrés à eux-même sans
rien, ils se retrouvent plongés dans la longue nuit de la
ségrégation raciale: chômage ou travail pénible et mal payé.
C'est alors que va apparaître un personnage important: le musicien
vagabond, solitaire. Ils sont les premiers a refuser le nouvel ordre
qui leur est imposé en se jetant sur les routes avec leur guitares
et leur voix.
Ceux qui ne
choisissent pas de partir en ville vers le nord ni de partir à
l'aventure sur les routes des États-Unis n'ont plus qu'une solution:
accepter ce nouvel ordre tel qu'il est et devenir métayer, c'est
pour ainsi dire le fait de cultiver une exploitation en échange
d'une partie de la récolte. Pour les noirs qui ont choisi cette voie
là, c'est comme s'ils étaient restés esclaves.
C'est
donc dans ce contexte que va naître le blues et aux vues de la
situation des noirs américains dans ce sud post-esclavagiste des
anciens États de la confédérations d'Amérique, le romancier,
historien et musicologue Gérard Herzhaft dis dans La
Grande Encyclopédie du blues
qu'il y a de quoi avoir le "blues" et que "justement, la
ségrégation va donner le blues".
"Le
blues est né quand l'esclavage africain est devenu un esclavage
américain." (Leroy Jones)
