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Introduction

        Mesdames et messieurs, voici une histoire qui ne porte pas de nom, une histoire dont le son ne vient d'aucun lieu précis, une histoire déracinée, une histoire qui a uni des hommes, une histoire qui a évoluée, une histoire qui nous est parvenue, l'histoire du blues. Quelle est donc cette triste rumeur que l'on entend s'élever au-dessus des champs de coton du delta du Mississippi à la fin du XIXème siècle ? Une voix chante une phrase, une phrase qui a mal, et parce qu’elle a mal, elle est soutenue par de nombreuses autres voix qui la rejoignent. Ces phrases sont le témoignage d'une situation caractéristique d'une période et d'un lieu. Ces phrases allaient alors former des textes, les battements de pieds marquant le rythme allaient bientôt devenir des orchestres de musiciens internationalement reconnus et les maux du Sud esclavagiste des États-Unis allaient devenir... Le Blues !

        Nous entendons cette musique et ses nombreuses variations depuis notre plus jeune âge et pourtant nous ne la connaissons que trop superficiellement. Nous avons donc eu envie de découvrir en profondeur cette musique qui nous plaît tant, nous avons voulu comprendre pourquoi et comment cette musique est née, quelles en furent les conséquences sur la société et sur la musique internationale et enfin comment elle est composée.

        Pour retrouver les racines du Blues, nous allons faire un voyage dans le temps et dans le monde, nous commencerons par voir quelle était la place des noirs-américains dans les États-Unis du XIXeme siècle, puis nous verrons quelles ont été les premières formes d'expressions musicales des esclaves noirs et dans quels buts. Après cela, nous observerons comment les racines culturelles musicales des esclaves noirs américains se sont mélangées à la culture musicale des États-Unis et comment ce mélange a créé le Blues et nous analyserons enfin son évolution jusqu'aux années 1920.

        Des rythmes frappés au milieu des champs et du XIX siècle à l’électrification et aux orchestres dans les grandes villes des États-Unis dans les années 1920 ; des riversongs au blues actuel, un long chemin fut parcouru et nous l'avons emprunté pour vous.

Quelle était la place des Noirs dans la société des Etats-Unis de la fin du XIXème siècle ?

       
        Nous voici donc au XIXème siècle alors que l'esclavage bat son plein au beau milieu des États-Unis. En effet, des africains continuent d'arriver chaque jour par bateau pour être vendus aux grands exploiteurs blancs qui ont besoin de main d’œuvre pour cultiver les champs, fréquemment de coton, surtout dans le Sud, aux alentours du delta du Mississippi. Mais il va se passer quelque chose qui va bouleverser la vie des esclaves noirs et aussi de leurs maîtres : la Guerre de Sécession.
        La Guerre de Sécession, appelée Civil War, débute en 1861. Mais qui cette guerre civile peut-elle opposer ? Elle oppose l' "Union" (c'est-à-dire les États-Unis) et la "confédération" (elle rassemble onze états qui avaient fait sécession des États-Unis appelés les "Etats confédérés d'Amérique"). L'union est alors dirigée par Abraham Lincoln et la Confédération par Jefferson Davis. Abraham Lincoln est un fervent défenseur des droits et est totalement contre l'esclavage. Il est élu Président des États-Unis en 1960 et c'est alors que sept états font sécession, avant même qu'il ait eu le temps de prendre ses fonctions. C'est de là que va naître la guerre civile. On peut aussi schématiser plus simplement en disant que cette guerre oppose les partisans de l'esclavagisme à ceux qui ne le sont pas.
        La guerre est sanglante et traumatisante pour un grand nombre d'américains, blancs ou noirs. A partir de 1960 et de l'investiture de Lincoln, les états confédérés d'Amérique gagnent du terrain, notamment avec la Floride, l'Alabama et surtout, le Mississippi. Mais là tendance commence à s'inverser en 1963, fait qui s’accentue jusqu'en 1965 qui signe la fin de la guerre avec la victoire de Lincoln et un treizième amendement dans la constitution qui décrète l'abolition de l'esclavage.
        Ainsi, les États-Unis se solidarisent, abolissent l'esclavage et libèrent des milliers d'hommes déracinés, sans attaches, sans famille, sans argent ni qualifications. Une grande partie des anciens esclaves va prendre la première route qui s'ouvre à eux: le nord des États-Unis à la recherche d’emploi dans les grandes villes. C'est alors que l'on commence à entendre parler fréquemment d'autoroutes, de chemins de fer, de la Route 66, etc. Il s'agit d'une exode du Sud vers le nord. Ces anciens esclaves ont pu avoir de la joie et de l'espoir mais cela ne dura qu'un temps. En effet, livrés à eux-même sans rien, ils se retrouvent plongés dans la longue nuit de la ségrégation raciale: chômage ou travail pénible et mal payé. C'est alors que va apparaître un personnage important: le musicien vagabond, solitaire. Ils sont les premiers a refuser le nouvel ordre qui leur est imposé en se jetant sur les routes avec leur guitares et leur voix.
        Ceux qui ne choisissent pas de partir en ville vers le nord ni de partir à l'aventure sur les routes des États-Unis n'ont plus qu'une solution: accepter ce nouvel ordre tel qu'il est et devenir métayer, c'est pour ainsi dire le fait de cultiver une exploitation en échange d'une partie de la récolte. Pour les noirs qui ont choisi cette voie là, c'est comme s'ils étaient restés esclaves.
        C'est donc dans ce contexte que va naître le blues et aux vues de la situation des noirs américains dans ce sud post-esclavagiste des anciens États de la confédérations d'Amérique, le romancier, historien et musicologue Gérard Herzhaft dis dans La Grande Encyclopédie du blues qu'il y a de quoi avoir le "blues" et que "justement, la ségrégation va donner le blues".


"Le blues est né quand l'esclavage africain est devenu un esclavage américain." (Leroy Jones)

Mamie Smith - Crazy blues



  • I can't sleep at night
  • I can't eat a bite
  • 'Cause the man I love
  • He don't treat me right
  • He makes me feel so blue
  • I don't know what to do
  • Sometime I sit and sigh
  • And then begin to cry
  • 'Cause my best friend
  • Said his last goodbye
  • There's a change in the ocean
  • Change in the deep blue sea, my baby
  • I'll tell you folks, there ain't no change in me
  • My love for that man will always be
  • Now I can read his letters
  • I sure can't read his mind
  • I thought he's lovin' me
  • He's leavin' all the time
  • Now I see my poor love was blind
  • Now I got the crazy blues
  • Since my baby went away
  • I ain't got no time to lose
  • I must find him today
  • Now the doctor's gonna do all that he can
  • But what you're gonna need is an undertaker man
  • I ain't had nothin' but bad news
  • Now I got the crazy blues
  • Muddy Waters - Manish Boy Live


    Whoa yeah, oh yeah
    Everythin' gonna be alright this mornin'
    Oh yeah


    Now when I was a young boy, at the age of 5
    My mother said I was gonna be the greatest man alive
    But now I'm a man, I passed 21
    I want you to believe me baby I had lots of fun

    I'm a man
    Spell M-A child -N
    That represents man
    No B-O child -Y
    That mean mannish boy


    I'm a man
    I'm a full grown man
    I'm a man
    I'm a natural born lovers man
    I'm a man child
    I'm a rollin' stone
    I'm a man child
    I'm a hoochie coochie man


    Sittin' on the outside, just me and my mate
    You know I'm made to move you honey
    Come up 2 hours late
    Was that a man?


    I spell M-A- child -N
    That represents man
    No B-O- child -Y
    That mean mannish boy


    A man
    I'm a full grown man
    I'm a man
    I'm a natural born lovers man
    I'm a man
    I'm a rollin' stone
    I'm a man child
    I'm a hoochie coochie man


    I'm a natural born lovers man
    I'm a rollin' stone
    I'm a natural born lover
    I'm a hoochie coochie man
    Well, well


    Oh yeah, hey
    I'm a natural born lovers man
    Well
    I'm a natural born lover


    Quelles ont été les premières formes d’expressions musicales des esclaves Noirs américains ? Quel était leur but ?

    Lorsque les esclaves afro-américains arrivent en Amérique au début du XVIIIème siècle, ils apportent avec eux une culture orale et quelques instruments de musique, tels que le tambour, le balafon et le banjo. Cependant, au milieu des plantations les danses sont interdites car jugées trop sexuelles, ainsi que les tambours qui sont susceptibles de véhiculer des messages de révolte.
    Les journées sont longues et le travail épuisant, alors une voix s’élève et lance une phrase courte et cinglante, des cris qui seront répétés par les autres esclaves, rythmant le travail dans les champs, c’est la naissance des « work songs » ou « field-hollers ».
    Souvent rattachés aux « negro-spirituals » dû à l’expression de sentiments religieux,  à laquelle ils ont rajoutés des allusions subtiles aux manières d’échapper à l’esclavage, ces chants permettent, la journée, de supporter le travail, et le soir d’évoquer les espoirs et la tristesse. Il sert aussi à véhiculer les informations, lorsque par exemple des esclaves affranchis vont de ferme en ferme pour donner des nouvelles d'untel ou untel. Tout ce que voient les maîtres, c’est qu’ils travaillent plus vite, et c‘est tout ce qui importe. Ces chants cadencent leur rythme de travail et ils ne se rendent pas compte qu’ils s’encouragent entre eux. Cette forme primitive de blues se développe et commence ainsi à migrer selon les aléas économiques : en remontant le Mississippi vers le nord mais aussi vers la Californie, c’est le chemin vers la liberté.
     Parallèlement les esclaves commencent à fabriquer des instruments pour accompagner leurs chants et le rythme traditionnel du blues à 12 mesures se met progressivement en place. 
    Lorsque les esclaves noirs américains sont émancipés,   une autre forme d’expression musicale se repend, le gospel. Ces chants sont incontestablement une révolte musicale contre une Amérique raciste. Ils expriment la souffrance des noirs anciennement esclaves, mais encore sous l’autorité blanche, particulièrement dans les États du Sud.

    Bien que le Blues vienne de là, il n’a pas réellement conservé toutes ses racines musicales. Nous allons voir comment il les a transformées pour en arriver à une forme quasi-savante de musique.

    BB King - The Thrill Is Gone


    The thrill is gone
    The thrill is gone away
    The thrill is gone baby
    The thrill is gone away
    You know you done me wrong baby
    And you'll be sorry someday

    The thrill is gone
    It's gone away from me
    The thrill is gone baby
    The thrill is gone away from me
    Although, I'll still live on
    But so lonely I'll be

    The thrill is gone
    It's gone away for good
    The thrill is gone baby
    It's gone away for good
    Someday I know I'll be open armed baby
    Just like I know a good man should

    You know I'm free, free now baby
    I'm free from your spell
    Oh I'm free, free, free now
    I'm free from your spell
    And now that it's all over
    All I can do is wish you well

    Robert Johnson - Crossroad




    I went to the crossroad, fell down on my knees
    I went to the crossroad, fell down on my knees
    Asked the Lord above "Have mercy, now save poor Bob, if you please"

    Yeoo, standin' at the crossroad, tried to flag a ride
    Ooo eeee, I tried to flag a ride
    Didn't nobody seem to know me, babe, everybody pass me by

    Standin' at the crossroad, baby, risin' sun goin' down
    Standin' at the crossroad, baby, eee, eee, risin' sun goin' down
    I believe to my soul, now, poor Bob is sinkin' down

    You can run, you can run, tell my friend Willie Brown
    You can run, you can run, tell my friend Willie Brown
    That I got the crossroad blues this mornin', Lord, babe, I'm sinkin' down

    And I went to the crossroad, mama, I looked east and west
    I went to the crossroad, baby, I looked east and west
    Lord, I didn't have no sweet woman, ooh well, babe, in my distress



            Bruno Arnoux nous en raconte un peu plus sur Robert Johnson et intreprète à la guitare un de ses célèbres morceaux.:





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