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Qu'est-ce que le blues musicalement parlant ?

    
        Inutile de le préciser encore, le blues, c'est de la musique. Chaque style de musique a sa propre composition, ses rythmes, ses thèmes, ses notes ainsi que ses conventions. Le blues les a donc aussi. D'un point de vue technique, il repose en grande partie sur trois éléments qui sont: le rythme (souvent ternaire syncopé), l'harmonie en I-IV-V ( c'est-à-dire les degrés principaux dans l'harmonie tonale) et la mélodie (qui utilise la gamme de blues et les blue note, en français les notes bleues).
        Voyons ça d'un peu plus près...


Le rythme:


      Le rythme le plus employé du blues repose sur une division ternaire de chaque noire ( ou temps dans une mesure a 4/4) ou triolet de croches. On divise donc chaque temps en trois croches dont on ne joue que la première et la dernière. Cela crée un effet, une impression de décalage quant à la position "naturelle" des notes (c'est-à-dire les positions classiques créant un parfait équilibre dans la gamme et l'harmonie). Ce rythme est appelé le "shuffle" (qui veut dire battage ou traîner des pieds). Si ce tempo est appelé comme cela, c'est parce qu'il est souvent synonyme de lourdeur, de langueur et de mélancolie dut à sa lenteur et au décalage rythmique, c'est ce qui caractérise le blues mis à part les stricts canons techniques.

L'harmonie:

       Au départ, la structure harmonique du blues était assez libre puis elle s'est fixée progressivement pour aboutir à une forme de base articulée autour de trois accords qui sont joué le plus souvent sur 8, 12 ou 16 mesures. La forme en 12 mesures est de loin la plus commune (on parle en anglais de "12 bar blues"). Les accords cités précédemment qui sont désignés par les chiffres romains I-IV-V sont les premiers, quatrième et cinquième degrés de la gamme majeure correspondant à la tonalité du morceau. Ces trois accords de base là comportent aussi très régulièrement la septième (mineure).
     Dans certaines formes du blues, les musiciens peuvent avoir recours à la neuvième ainsi qu'à différentes altérations.



La mélodie:

   La mélodie du blues est une gamme traditionnelle qui est une gamme pentatonique mineure à laquelle on a rajouté une note.. Mais cette gamme, d'où vient-elle ? Influences noires ? Influences blanches ? Aucune des deux ! Dans son émission « La vérité est dans le juke box » qu'il anime sur France Inter, André Manoukian nous explique d'où vient la gamme pentatonique et nous donne plus de précision à son égard, nous vous proposons donc deux courts extraits de son émission "Les Chinois ont inventé le Blues" datant d'août 2013, les voici:


      Le blues ne vient donc pas que d'Afrique et d'Amérique, il vient aussi d'Asie et d'Europe de l'Est ! Mais si l'on sait maintenant d'où viennent les notes qui composent le blues, on ne sait pas pour autant comment le bluesman se sert de celles-ci pour jouer du Blues, alors pour en savoir plus, nous retournons voir Bruno Arnoux:

Bref, la note que l'on rajoute à la gamme pentatonique mineure est la quinte diminuée, c'est celle qui donne la couleur blues au morceau, d'où son nom de blue note. La provenance de cette blue note est assez flou pour ne pas dire qu'elle l'est complètement, certains auteurs comme Le Roi Jones dans son livre Le Peuple Blues ou André Manoukian précédemment avancent la théorie d'une tentative d'adaptation d'une gamme propre à la musique traditionnelle africaine. A cette théorie s'opposent tous ceux qui pensent aux musiques amérindiennes, notamment celles des Cherokees, qui proviennent très largement des musiques d'Asie du Sud-Est.
   Si la gamme la plus utilisée dans le blues reste bel et bien la gamme pentatonique, il existe une autre gamme que l'on rencontre fréquemment, c'est la gamme diatonique majeure. Cette gamme là peut en effet s'apparenter à la précédente mais elle ne comporte pas une blue note, mais deux blue notes. Ce n'est pas la quinte diminuée qui est cette fois une de celles-ci mais la tierce mineure et la septième mineure qui donne à la gamme son aspect blues. Prenons pour exemples la gamme de Do, on obtient en gamme diatonique majeure, do-ré-miB-fa-sol-la- et siB. L'harmonie de cette gamme reste majeure malgré l'influence de ces deux intervalles mineurs.
       Le mélange de ces deux gammes a créé la gamme la plus utilisée du blues: en effet, si l'on joue la pentatonique majeure sur la tierce mineure on obtient bien les deux notes bleues de la gamme diatonique. Gardons l'exemple de la gamme de Do, on obtient donc avec ce schéma: miB-fa-sol-siB et do. Dans ce cas là, la quinte diminuée n'est qu'une note de passage mais n'est pas réellement considérée comme une blue note même si elle joue précisément le même rôle.
       La plupart des blues sont en mode majeur pour l'accompagnement alors que les mélodies sont chantées sur la gamme mineure pentatonique avec la blue note. Il est important de préciser que toutes ces caractéristiques techniques sont loin d'être applicables à l'ensemble des blues joués par les noirs. En effet, lorsque durant les rares interviews des grands créateurs de blues on demandait "Qu'est-ce que le blues?", aucun d'entre eux ne l'a jamais défini comme un ensemble de notations musicologiques. La réponse était plus souvent du genre "the blues ain't nothing but a good man feeling bad" comme ont pu le dire Willi Brown ou encore Leon Redbone.

      Rajoutons encore une chose importante au blues: le timbre.

Le timbre:

   Le timbre, qu'est-ce que c'est ? Le timbre n'est rien de plus que la couleur donnée au son par un chanteur ou un musicien. Tous les bluesmen ont beaucoup travaillé sur le timbre. Pour cela ils se sont bien entendu servis des différentes modulations possibles sur leurs voix et leurs instruments mais ils furent aussi les premiers à partir des années 1930 à se servir des amplificateurs et des technologies nouvelles pour changer la couleur de leur son.


Les paroles :


     Au-delà de la musique, le Blues est avant tout basé sur les paroles étant donné que cette musique était d'abord a cappella. Qu'est ce qu'elles racontent et comment sont-elles articulées ? Le Blues est un poème en douze mesures, dérivés de l'alexandrin. En général, le Blues est composé de strophes de trois versets selon un schéma AAB qui varie souvent. Le dernier verset rime en général avec le premier qui est répété une deuxième fois.
En ce qui concerne les grands thèmes du blues, en 1994, John Lee hooker disait « Ce qu’ils appellent du rock’n’roll, c’est du blues. Toujours la même histoire entre un homme et une femme ! Il y a cinquante ou cent ans, la musique était brute, les gens jouaient sur de vieilles guitares déglinguées. Aujourd’hui on fait le ménage, la musique est plus propre, mais c’est la même histoire. ».
       Si J. L. Hooker, bluesman internationalement reconnu donne cette définition là du Blues, à ses débuts, comme nous l'avons expliqué précédemment, ce n'en était absolument pas le but. Les Noirs chantaient leur désespoir ainsi que tous leurs maux. C'était généralement des messages remplis d'espoir ou de solitude, fait qui induit directement la présence régulière de termes tels que « railroad » ou de formules comme « walkin' alone to the crossroad ». En effet, les paroles reflétant la vie des bluesmen comporte souvent le même type d'histoire, c'est-à-dire l'histoire d'un homme ayant perdu la femme qu'il aime (« Woke up this morning, my baby was gone »), sombrant dans une solitude extrême, buvant du « whiskey » et marchant seul de long d'une voie de chemin de fer ou roulant sans but en « cadillac » sur une autoroute.
    Dans son livre Philosophie du Blues, Une éthique de l'errance solitaire, le docteur en philosophie et grand connaisseur du Blues Philippe Paraire écrit qu' "il n'est pas possible de présenter le blues, au plan social comme un genre musical engagé. Les blues ne sont pas des chants de lutte politique ni syndicale, pas même des hymnes à l'égalité sociale ou raciale. Leur dimension revendicatrice est faible car, lorsqu'elle est présente, elle se limite de manière quasi-unanime à une plainte solitaire. La description de l'ordre qui opprime spécifiquement les Noirs américains libérés de l'esclavage mais maintenue en dehors de la citoyenneté, du plein emploie, de l'intégration sociale, de l'égalité résidentielle, ne se fait pas, dans le blues sur le mode de l'appel au combat. Les exigences sont rarement formulées, le style des chansons privilégie une peinture critique de la situation d'inégalité. C'est à l'auditeur de construire son analyse à partir des faits évoqués." Ceci est vrai dans le sens où il existe en effet très peu de texte en appelant au changement mais plutôt à la compréhension et à la compassion.
     Bien sûr, la forme et les thèmes du blues ici évoqués ne sont que les principales et premières formes du blues mais cela a beaucoup évolué, certains facteurs technologiques et environnementaux ont fait que le blues s'est diversifié surtout à partir des années 1920. Voyons à présent lesquels.